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06/03/2006

La rubrique à Lionel...

« On me demandera si je suis prince ou législateur pour écrire sur la Politique ? Je réponds que non, et que c’est pour cela que j’écris sur la Politique. Si j’étais prince ou législateur, je ne perdrais pas mon temps à dire ce qu’il faut faire ; je le ferais, ou je me tairais. » C’est en ces termes que Jean-Jacques Rousseau s’exprimait dans le préambule du livre I du contrat social, en 1762. Le Politique, ici, se trouve à la bonne place ; à celle qui est la sienne : c'est-à-dire qu’il se situe partout où le rêve est possible.

Car il faut être rêveur pour véritablement penser ou repenser nos institutions ! Or le peuple est rêveur. Car, bien que par la force des choses il ait nécessairement les pieds sur terre, il ne faut pas se résigner à voir ce peuple ne jamais lever la tête et se mettre à rêver de jours meilleurs, d’amour de l’autre, d’espoir réalisables.

C’est le rêve seul qui pourra nous porter hors de nous-même, au-delà de nous-même. Dans le futur tout comme dans le présent. Le futur : de sombres perspectives en vérité, si nous n’y prenons garde ! Le présent : des dirigeants inaptes à regarder l’horizon, mais le bout de leurs chaussures. Des dirigeants inaptes aux rêves des autres, inaptes à nos rêves, inaptes même aux leurs. Inaptes à la salvatrice utopie, rendus malades qu’ils sont par ce sale mot de pragmatisme. Le pragmatisme : surtout ne rien brûler. Surtout pas nos cœurs aux flammes de l’amour du prochain. Quand rêverons-nous d’amour si ce n’est en ces temps de décomposition, quand donc imaginera-t-on un autre monde possible pour chacun ? Un monde où les enfants ne disparaîtront plus sous les bombes ? Quand donc rêverons-nous enfin d’un monde meilleur, loin des calculs, de la bassesse de vue et de l’improbité intellectuelle ? Car, à la fin, ce sont des possibilités de rêves qu’on nous chaparde ! Et les bienfaits de l’utopie en tant que devenir possible.

Alors pourquoi ne pas faire appel à l’un de nos autres grands penseurs, plus proche de nous, André Breton, qui écrivait en 1924 : « je crois à la résolution future de ces deux états, en apparence si contradictoires, que sont le rêve et la réalité, en une sorte de surréalité, si l’on peut dire. C’est à sa conquête que je vais, certain de n’y pas parvenir mais trop insoucieux de ma mort pour ne pas supputer un peu les joies d’une telle possession. »

Lionel DEGOUY

Commentaires

J'apprécie cette rubrique.. Bravo. Continuez.

Ecrit par : esjoch | 07/03/2006

Merci Vudici pour cet espace ouvert à la pensée et au rêve, à la politique récréative qui se veut sérieuse mais sans se prendre au sérieux. Merci à Lionel pour ce texte qui aujourd'hui résonne au cris des manifestations étudiantes et à bientôt d'autres j'espère. Merci à vous de donner de l'espoir pour un autre monde possible, plus juste et plus beau. Continuez à nous faire réfléchir à travers vos belles images et à faire rimer politique et poétique.

Ecrit par : fredus | 07/03/2006

lionel, nous avons prétez grande attention au texte de ta rubrique et comme d'habitude elle était pleine de poésie et malheureusement de réalité. mais évidement la réalité passe forcement par l'imagination. peu un porte l'energie que tu déploies ce qui compte c'est le bonheur que tu dispenses aux autres.

Ecrit par : Daniel et Vincent | 19/03/2006

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