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20/03/2007

La famille au sénégal selon Ousseynou Ndiaye

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Comme sur le reste du continent, la famille reste le noyau de la société sénégalaise. C'est grâce à cette famille que la population «tient le coup» malgré la crise chronique que connaît le pays. Mais c'est aussi parfois à cause de ce lien pesant que le pays éprouve certaines difficultés.

C'est en conciliant cette solidarité à une conception plus autonome de l'individu que des progrès réels pourront être réalisés. Le problème, car c'en est un en partie, saute tout de suite aux yeux de l'étranger. Les sénégalais en ont conscience et tentent petit à petit de le résoudre : le travail, denrée rare et presqu'introuvable en milieu urbain, est systématiquement donné aux parents plus ou moins proches de la personne chargée de recruter. Le problème engendré par ce comportement est multiple : d'une part, le parent employé n'aura pas forcément les qualités requises pour cet emploi. S'ensuit donc une multitude d'erreurs commises par ces personnes non qualifiées.
D'autre part, les études pourtant très prisées par les sénégalais, ne serait-ce que par enrichissement culturel, ne peuvent qu'être dévalorisées par ce genre de recrutement familial : «pourquoi étudier puisque mes relations familiales ne me permettront pas d'avoir un emploi correspondant à ma qualification?» Et inversement : «pourquoi étudier puisque de toute façon mon oncle bien placé dans l'entreprise X me fournira un emploi ?».

Un certain découragement s'empare donc des jeunes qui deviennent souvent fatalistes ne voyant comme unique solution que l'émigration. Les petites annonces d'emplois proposées par les organisations internationales ne sont même plus lues par les diplômés puisqu'ils savent que c'est un sénégalais qui s'occupe du recrutement et que l'annonce n'est qu'une formalité imposée par les coopérants étrangers ! Le résultat de cette préférence familiale, fait humainement compréhensif mais économiquement déplorable, fait que les familles riches ont tendance à s'enrichir grâce à la multiplicité des emplois et que les plus pauvres stagnent dans leur misère. On se souviendra de cette annonce nécrologique sur une radio nationale concernant un cadre d'Air Afrique : «Mme Fatou X, sa tante, gestionnaire à Air Afrique, Mr Hassan X, son frère, contrôleur aérien à Air Afrique, Mr Mamadou X, son frère, agent d'entretien à Air Afrique, etc...ont la douleur de vous annoncer etc....».

On comprend désormais mieux la faillite de cette compagnie aérienne bananière où le recrutement familial était la règle et où la moitié des passagers voyageaient à l'oeil bénéficiant des billets gratuits réservés au personnel et à leurs familles. Néanmoins, en milieu rural, ce phénomène s'atténue du fait de la quasi-absence de travail salarié. Tout le monde est agriculteur et personne ne chôme vraiment.

Cette solidarité familiale loin de s'exercer uniquement dans les situations favorables se manifeste également en cas de problème. Jamais un sénégalais ne sera démuni face à une perte d'emploi ou au décès d'un proche. Il y aura toujours un lit, toujours une assiette pour un frère, un neveu, un grand-père ou une arrière-petit-cousin dans l'embarras. C'est même un devoir d'aider cette personne, au risque, si on ne le fait pas, de passer dans le village pour une famille indigne.

La majorité des sénégalais étant dans «l'embarras» on comprends mieux pourquoi une personne qui travaille en peut en avoir vingt autres à sa charge. Ce besoin de «bien paraître» aide également à comprendre pourquoi lorsqu'un membre de la famille fait un acte répréhensible par la loi ou condamnable par les traditions, c'est sur tous les parents que rejaillissent la honte et l'opprobre, sur plusieurs générations. L'héritage des vieilles traditions familiales se voit dans la vie de tous les jours. Dans la plupart des familles par exemple les hommes mangent de leur côté, alors que femmes et enfants mangent à part.

ousseynou ndiaye

13:30 Publié dans Sénégal | Lien permanent | Commentaires (1)

Commentaires

j'aime le visage de ces personnes, le sourire dans les yeux

Écrit par : soezic | 20/03/2007

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